Céline Talon, Maître de Ballet Classique au CNSMDP


  • Céline Talon, formée à l’école de danse de l’Opéra, est entrée dans le corps de ballet de l’Opéra en 1986. Récompensée en 1999 par le prix des Benoît de la danse, elle participe aux reprises des ballets du grand répertoire classique, et se distingue particulièrement dans le répertoire actuel, en tant que soliste (Mats Ek, Jiri Kylian, William Forsythe, etc.). Artiste ouverte sur la danse contemporaine et la création, elle poursuit des projets personnels parallèlement à sa carrière à l’Opéra (créations, pédagogie).
    Professeur de danse diplômée d’Etat depuis 1998, elle intervient occasionnellement auprès de danseurs pour la transmission de variations du répertoire.
    Céline Talon est maître de ballet classique  du Junior Ballet  du Conservatoire national supérieur de musique et de danse depuis septembre 2010.

Maître de Ballet Classique au CNSMDP, Céline Talon nous parle de son travail passionnant : ==> Céline TALON Maître de Ballet au CNSMDP

 

 

Portrait de Céline Talon,

maître de ballet au Junior ballet Classique

 

Image Céline Talon Maître de Ballet CnsmDp

 

Céline Talon a passé la majeure partie de sa vie au sein de l’Opéra de Paris. Entrée à l’Ecole de Danse à 9 ans, elle intègre le corps de ballet en 1986 et y poursuit toute sa carrière jusqu’à l’année dernière. Pour sa reconversion, elle ne songe pas à enseigner la danse mais passe le concours de maître de ballet au CNSMDP à la demande de Daniel Agésilas. Sans aucune expérience à ce poste, elle est choisie à son grand étonnement, parmi une dizaine de candidats et son contrat actuel court pour un an renouvelable. Elle profite de sa grande liberté de manœuvre qui la change de son passé ; livrée à elle-même, seuls la qualité et le succès des spectacles garantissent le bon sens de sa démarche.

 

Céline Talon envisage son nouveau métier avec beaucoup d’enthousiasme et d’engagement. Elle est ravie de le découvrir avec les élèves du Junior Ballet chez qui elle trouve une grande diversité de compétences physiques et morales, loin de l’Opéra où apparaît un formatage plus évident. Un peu perplexe au début de se retrouver face à des post-adolescents quelque peu dissipés, elle trouve néanmoins chez eux un rapport à l’autre déjà très construit et une belle motivation qui ne cherche pas à éclipser l’autre. Elle appréhende son nouveau rôle en refusant tout rapport de force, son but n’est pas de maintenir un ordre à tout prix, mais d’installer un climat de confiance et d’écoute. Les danseurs du Junior Ballet sont à un âge où la mouvance est permanente, les énergies parfois difficiles à maîtriser et justement, Céline Talon veut que ces instants de fulgurance se retrouvent dans leur danse. Elle considère les danseurs non plus comme des élèves, mais comme des artistes en devenir: ils doivent le sentir et surtout le comprendre, d’où l’intérêt de se comporter en responsable. Pour elle, la danse est moins un métier qu’une façon de vivre.

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Etre maître de ballet demande un grand travail d’écoute et de regard. Céline Talon doit connaître les chorégraphies et les musiques, être à l’écoute du créateur ou du répétiteur, corriger les élèves et intervenir quand il n’est plus présent. Elle est là pour enseigner bien sûr, mais surtout pour permettre aux élèves de comprendre les exigences du chorégraphe et transmettre son savoir d’interprète douée d’une grande expérience scénique, tant classique que contemporaine. Elle engage les chorégraphes à travailler avec tous les élèves. Difficile de concilier leur choix restrictif selon les distributions et la nécessité de faire danser tout le monde. Elle a par exemple réussi à imposer deux danseurs supplémentaires dans la création de Christopher Hampson. Durant le montage d’un ballet, elle intervient uniquement quand elle estime que quelque chose ne fonctionne pas. Si elle connaît la chorégraphie, il lui arrive de discuter la façon d’interpréter le geste avec le répétiteur.

 Avec ses étudiants, Céline Talon veut faire en sorte de convoquer tous les moments de grâce où le cœur, l’esprit et le corps se répondent. La danse ne se réduit pas à un vocabulaire livré avec soin, il faut aussi savoir l’utiliser avec un style personnel qu’elle cherche avec chacun des danseurs. Elle essaie de leur faire comprendre la nécessité de « désapprendre » les fondamentaux, afin de ne pas s’enfermer dans le carcan rigide de la technique et de laisser parler le mouvement. Bien sûr, elle corrige les défauts évidents, mais si elle focalise sur les lacunes, cela signifie qu’elle s’ennuie et que le danseur ne lui donne rien. Il faut se laisser la possibilité de faire les choses avec son propre état de conscience : chercher et puiser des éléments dans son existence pour nourrir le geste. Céline Talon garde en souvenir ce que lui a enseigné Eugène Poliakov, maître de ballet appelé à l’Opéra par Rudolf Noureev : savoir délivrer son travail, lui donner un sens. Que ce travail ne se réduise pas à une suite de mouvements bien exécutés. Il ne s’agit pas d’épater le spectateur mais de lui faire ressentir ce qu’on exprime. Si la présence du spectateur reste toujours à l’esprit du danseur, alors naîtra l’échange. Tout passe par la relation et Céline Talon est très concernée par les rapports humains : rapports entre elle et les chorégraphes, rapports entre élèves, rapports entre elle et les élèves. Sa communication est différente selon chaque individu et elle reste toujours à l’écoute de ce que lui renvoie un danseur. Son but est de trouver l’essence de chacun et d’initier l’expression du mouvement.

Il faut abandonner l’image du danseur idéal comme but absolu et chercher en soi : connaître les capacités de son corps, aller au bout de celles-ci et s’approprier les gestes. Elle insiste sur l’intelligence du corps, le ressenti de la colonne vertébrale, axe central d’où naissent les mouvements et les émotions. Elle veille à travailler la respiration : pour cela, elle encourage fortement à pratiquer d’autres disciplines (natation, yoga, cardio), afin d’en comprendre l’importance pour gérer son énergie et donner le maximum sans s’essouffler. Elle souligne aussi la nécessité d’écouter ses douleurs pour mieux les soigner, oser les avouer et ne plus être bêtement discipliné. La discipline n’a de sens que dans la volonté de devenir mûr et responsable.

 Son objectif principal est bien sûr d’amener les danseurs à être prêts pour la scène. Les premières représentations au CNSMDP font également partie de cette préparation et la progression des danseurs au fil des quatre premières prestations a été édifiante. Un joli résultat pour un défi difficile à relever. Par ailleurs, elle se félicite de voir l’évolution du travail personnel de chaque élève au deuxième trimestre.

 Sur la question délicate des interférences entre les répétitions et les spectacles d’une part et les auditions de compagnies, elle se réserve le droit de programmer certaines distributions pour libérer des danseurs qui en auraient exprimé le désir. Céline Talon pense aussi à une évolution du contenu des cours annexes pendant l’année du Junior Ballet : elle ressent, comme les élèves, un besoin de cours de répertoire et d’adage.

 L’autre objectif du maître de ballet est de préparer les élèves pour le prix d’interprétation qui mettra un terme à leurs études au CNSMDP. En marge des répétitions, la démarche sur le choix de la chorégraphie à interpréter lors du prix de fin d’année a été initiée très tôt, de façon à pouvoir obtenir les accords des chorégraphes et entamer le cheminement intellectuel vers le geste final.

 Nous remercions Céline Talon pour sa disponibilité et la simplicité des contacts que nous avons eus pour faire cet article et lui souhaitons de tout cœur de s’épanouir pleinement dans cette nouvelle étape de sa vie.

 Anne Gillet et Frédéric Viel

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